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"On s'est marié masqués, en petit comité !"


Déjà six ans que Marine et Thibault sont en couple. En 2017, au cours d'un voyage à Venise, il la demande en mariage. Pragmatique, le jeune couple décide d'attendre la fin des études de Marine pour se marier. La date du mariage devait avoir lieu le 30 mai 2020, elle était calée depuis deux ans exactement. Tout était booké pour une journée chronométrée : mairie, église, grande fête. Avec le confinement, l'organisation du mariage a volé en éclat ! Mais les deux amoureux ont décidé de maintenir l'union à la mairie. Récit d'un mariage masqué.

Cérémonie religieuse reportée à 2021, le mariage civil maintenu

"Quand le confinement est tombé mi-mars, j'ai commencé à recevoir des messages tous les jours : vous annulez ? vous reportez ? me demandaient mes invités", Marine se souvient de ce moment de double peine : comme si la période n'était pas déjà assez pénible à gérer, elle se retrouve en grand questionnement quant à la faisabilité de son mariage fin mai. Pas le genre à se laisser abattre, elle continue d'y croire dur comme fer. Jusqu'au jour de l'annonce du déconfinement, prévu au 11 mai : "Les mariages religieux étaient déjà interdits, mais là en plus on a appris que tous les restaurateurs allaient rester fermés jusqu'à juin/juillet. A ce moment là, je me suis dit que c'était mal parti". Se marier en petit comité ? Pas très excitant… "D'autant que je ne voulais pas que mon mariage se transforme en discussion géante sur le Covid-19", plaisante-t-elle. Avec son fiancé, ils prennent la décision de diviser le mariage. La cérémonie religieuse est reportée au 1er mai 2021, mais le mariage civil est maintenue à la date prévue. "Il nous fallait au moins un truc positif à raconter en 2020 !" rit la jeune mariée. 

"Pendant le confinement, on a accumulé les galères : on a passé notre temps à s'inquiéter pour le mariage, à le décaler ensuite. Et voilà que notre voiture nous lâche. Pour couronner le tout, la pompe à eau de notre maison rend l'âme, nous privant de toilettes et de douche pendant plusieurs semaines !" Mais le mariage civil n'allait pas être une mince affaire non plus… "Ça a commencé par un coup de fil de la mairie qui m'annonce qu'en fait, ils ne pourront pas nous marier le 30 mai comme prévu", raconte la jeune femme de 26 ans. Elle insiste alors pour avoir la prochaine date de libre. La mairie lui propose le 6 juin, à condition que l'allocution du Premier ministre y soit favorable. Aussitôt, le créneau est booké, les invités avertis. "De toute façon Marine, tu sais, on n'aura rien de mieux à faire le 6 juin, on est libres", plaisantent certains.

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Marine et Thibault, contraints de se marier masqués © Mariage de Marine et Thibault

Quatre invités et un mariage Zoom

Quelques jours avant, vient le deuxième coup de fil : "Cette fois-ci, la mairie m'appelle pour valider la date. Bonne nouvelle ! Et m'annonce que les effectifs sont limités. Nous aurons le droit d'être 4 : les deux mariés et un témoin chacun." Marine prend la nouvelle avec humour : elle avait prévu un mariage civil "en petit comité"… avec environ 20 personnes. Loupé ! L'idée de se marier sans ses parents et frères et sœurs lui pince le cœur, mais tant pis : "on fera un Zoom !" renchérit-elle. Comme la voie publique autorise les rassemblements de 10 personnes : la famille regardera la signature sur des smartphones depuis le parvis, en attendant la sortie du couple. 

Les témoins ne peuvent se déplacer le jour du mariage

Mais un nouveau problème se pose : les témoins. Manque de chance, Marine et Thibault ont tous les deux choisi des témoins qui vivent loin. La témoin de la mariée habite en Autriche, et n'a plus d'avion. Quant à celui du futur époux, il réside à Toulouse, il ne peut pas se déplacer car il est considéré "à risque" face au Covid-19. En dernière minute, Marine et Thibault décident d'intervertir leurs témoins mairie/église pour avoir quelqu'un le 6 juin. "On a quasiment du refaire le dossier complet de mariage à la mairie, pour enregistrer les nouveaux témoins !" raconte-t-elle. 

Marine n'a pas pu porter la robe de mariée prévue pour le jour J

Deux ans à réfléchir à la robe idéale pour cette journée de mariage unique… et tout à revoir, là aussi. "Je n'avais pas reçu ma robe. Et elle était prévue pour la grande cérémonie à l'église", donc pas question de la porter… Option de secours ? La tenue qu'elle s'était achetée pour le lendemain du mariage. Seul hic, elle était trop légère pour la météo bancale de ce début juin 2020, et "j'avais complètement oublié d'acheter les sous-vêtements adaptés, je n'avais rien qui allait !" Un détail assez voyant, surtout quand on porte du blanc. Après une commande de pantalon et de ce qu'il faut à mettre dessous, Marine est prête.

"Il va falloir venir masqués à la mairie"

Mais le téléphone sonne, c'est la mairie. Nouvelle annonce : "On avait oublié de vous dire, mais il va falloir venir masqués ! Chaque invité sera assis sur des banquettes espacées. Mais bonne nouvelle, vous pouvez finalement venir à 10 pour la cérémonie." Le nouveau changement de programme est vite adopté et les masques lavés. La veille du grand jour, les astres s'alignent : "on nous a réparé la pompe et on a retrouvé des toilettes ! On s'est dit que c'était un signe" se souvient Marine, avec humour. Le 6 juin au matin, ils sont les derniers à passer devant le maire. Dans le temple du "Oui", un mariage est prévu toutes les demi heures, avec désinfection totale entre deux mariages. Le couple arrive à la mairie avec une certaine appréhension des contraintes liées au protocole sanitaire. 

Un mariage "pas très Covid"

Au moment de passer les portes, les gestes barrière se sont… évanouis ! "On ne nous a pas distribué de gel hydroalcoolique de toute la cérémonie. On nous a dit de retirer nos masques tout de suite. Alors qu'on nous avait dit que la signature se ferait avec des stylos jetables, on a tous utilisé celui du maire. Et cerise sur le gâteau : pour nous prendre en photo, tous les invités se sont réunis autour de l'adjoint au maire qui nous a mariés", raconte-t-elle, un peu ahurie, Sur le coup, Marine avoue ne pas avoir du tout pensé à l'épidémie. Mais en regardant le Zoom, elle prend conscience des contradictions du service municipal, "un peu laxiste". Elle s'étouffe d'un rire embarrassé en s'apercevant que tout le monde a laissé son masque usagé sur la banquette… "Ce qui a changé le mariage, ce n'était pas tant les gestes barrière, aux abonnés absents, mais plutôt l'ambiance étrange", continue Marine. Pas de câlin, pas de cris au moment du "Oui", pas d'effusion de joie ou presque… "Il y a eu un espèce de brouhaha sur Zoom" admet-elle. "C'était un peu décevant par rapport à ce que j'avais imaginé. On était heureux, mais c'était un peu mort", confie le couple, qui a vécu son mariage "essentiellement par texto" avec ses invités.

Une petite fête sans trinquer

"Finalement, on a largement mieux respecté les consignes sanitaires chez nous pour le repas qu'à la mairie". Le couple fait livrer une grande paella, qui arrive sans mesure d'hygiène aucune, "la restauratrice n'avait même pas de masque" se désole Marine. Mais la famille est bien décidée à être bonne élève en matière de prévention. Première étape en rentrant : lavage de mains pour tous. L'apéritif est disposé dans des assiettes séparées pour chaque couple. La paella est servie à l'assiette pour une seule personne. Chacun a son morceau de pain. Et… "on n'a pas trinqué avec nos coupes de champagne" précise la jeune mariée. 

Le vrai mariage, prévu en mai 2021

Dans un an, Marine et Thibault espèrent bien se marier en grand comité. Sans avion annulé. Sans épidémie. Avec des effusions de joie et des verres qui se cognent fort. Après deux ans de travail acharné sur la préparation de l'événement, la jeune mariée se félicite d'une chose : "au moins ça va être une année tranquille ! Il ne me reste que quelques bougies à acheter." Un an pour ça, ça devrait aller. 



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